Le pont Laviolette (1967-2017)

 In 40e_anniversaire

Par Francis Bergeron, étudiant à la maîtrise en Études québécoises à l’UQTR

Le pont Laviolette est un pont en arc reliant la ville de Trois-Rivières à la municipalité de Sainte-Angèle-de-laval (1870-1965) qui est maintenant inclus dans le secteur de la ville de Bécancour. Le pont à une longueur de 2 707 mètres. Il possède une charpente d’acier supportant un tablier de poutres d’acier et de dalles de béton armé. Sa travée centrale enjambe le chenal de navigation et a une portée de 335 mètres. Le pont Laviolette possède la charpente métallique la plus longue du Québec[1]. Le pont est nommé en l’honneur du Sieur Laviolette, fondateur de Trois-Rivières en 1634.

 Les travaux du pont Laviolette ont débuté en 1964 sous le gouvernement libéral de Jean Lesage et se termineront sous le gouvernement de l’Union nationale de Daniel Johnson (père). C’est donc en 1967 que le pont sera officiellement inauguré par Fernand-Joseph Lafontaine, ministre de la Voirie sous le gouvernement de l’Union nationale. Il est intéressant de mentionner qu’en 1973 le ministère de la Voirie sera intégré au ministère des Transports du Québec (MTQ), tel que nous le connaissons aujourd’hui, qui lui fut fondé en décembre 1969.

Retour en arrière

Durant la période coloniale et jusqu’au premier quart du XIXe siècle, la traversée du fleuve Saint-Laurent se faisait généralement par canot d’écorce l’été et par raquette l’hiver. Toutefois, plusieurs modes de transports sont utilisés pour la traversée au courant des siècles : la chaloupe avec des patins sous la coque pour l’hiver et les « horseboats » l’été, bateau tiré par des chevaux à l’aide d’une courroie. Vers la fin du XIXe siècle, la traverse du fleuve se fait à l’aide d’un traversier à vapeur permettant le transport des passagers et des marchandises de Sainte-Angèle-de-laval (rive sud) à Trois-Rivières.

Avant que les passagers puissent être transportés d’une rive à l’autre par un traversier à vapeur, le fleuve était traversé l’hiver par un pont de glace reliant la paroisse du Cap-de-la-Madeleine à la paroisse de Sainte-Angèle-de-laval[2]. Ce pont de glace est à l’origine de la légende du Sanctuaire catholique Notre-Dame au Cap-de-la-Madeleine (Trois-Rivières); aussi appelée le miracle du pont de glace de Cap-de-la-Madeleine (1878-1879). L’origine de cette légende prend forme au moment où la population du Cap-de-la-Madeleine augmente et que l’on doit construire une plus grande église pour répondre à la hausse de pratiquants. Ayant besoin de pierre pour construire cette nouvelle église de plus grande dimension, les marguilliers de la paroisse doivent aller chercher des pierres sur la rive sud du fleuve à Sainte-Angèle. Durant l’hiver de 1878-1879, les conditions climatiques étant beaucoup plus clémentes, il était très difficile de transporter les pierres d’une rive à l’autre sans un passage de glace sur le fleuve. La population se tourne alors vers la Vierge Marie où tous les dimanches les paroissiens prient pour obtenir un pont de glace. C’est en mars 1879 qu’un passage de glace se forme. Les paroissiens y voient une réponse de la Vierge Marie à leur prière. Les gens qui ont transporté les pierres sur le pont de glace l’ont baptisé le pont des chapelets. Malgré le fait que les ponts de glace n’existent plus, ils font partie intégrante du patrimoine immatériel du Québec, « car ils ont marqué l’imaginaire, inspiré des artistes et créé un espace de socialisation »[3]. Par ailleurs, le pont de glace représente une part de l’identité des habitants vivant en bordure du fleuve Saint-Laurent.

Les premières demandes pour un pont reliant la rive sud à la rive nord de la région de la Mauricie datent de la fin du XIXe siècle. Il y a en effet la rumeur publique qui veut que les résidents de la rive sud et de la rive nord du Saint-Laurent demandent aux gouvernements provincial et fédéral de construire un pont pour ainsi permettre la croissance et le développement du Centre géographique de la province; région attribuée aujourd’hui à la région administrative du Centre-du-Québec. Toutefois, rien n’indique si cette rumeur est fondée.

En 1946, le journal trifluvien Le Nouvelliste va suivre le dossier de plus près, puisque le sujet de construction d’un pont se discute à Ottawa. Ce faisant, Le Nouvelliste y fera une promotion active. On assiste à partir de 1946 à diverses manifestations publiques en faveur de la construction d’un pont qui se terminera en 1964 avec le début des travaux.

C’est après la Seconde Guerre mondiale que le Québec rattrape un retard dans le secteur des transports en raison de l’essor de l’automobile. En 1953, 36% des foyers québécois possèdent une voiture, alors qu’en Ontario la proportion atteint 65%. Malgré ce retard à l’égard de l’Ontario, cette période d’après-guerre se caractérise par une croissance du nombre de voitures par ménages québécois, dont le taux moyen annuel de croissance s’élève à 11, 3% entre 1946 et 1960 : soit 188 359 automobiles en 1946 et 843 731 en 1960[4].

Les manifestations publiques en quelques dates

 Selon un document du ministère des Transports du Québec, six manifestations publiques marquent les prémices de la construction d’un pont reliant les deux rives du Saint-Laurent; entre la région de la Mauricie et du Centre-du-Québec.

De 1948 à 1960, la station de radio CHLN de Trois-Rivières annonce sur ses ondes le slogan suivant : « Le pont, il nous le faut et enfin nous l’aurons »[5]. Ce slogan sera promu durant douze années sur les ondes de la station de radio.

En 1953, la Chambre des commerces de Trois-Rivières met en œuvre une souscription populaire dans laquelle la Chambre amasse 30 000$ pour des études sur le pont.

En 1956, lors de l’élection de Maurice Duplessis, premier ministre du Québec à ce moment, celui-ci exhorte les électeurs qui veulent un pont à voter Union nationale.

Le 28 avril 1957, on dévoile les premières esquisses du pont, dont la construction n’est toujours pas officialisée ni approuvée par les gouvernements provincial et fédéral.

Lors des législatives de 1960, le nouveau premier ministre du Québec Antonio Barrette (Union nationale) et son adversaire Jean Lesage (libéral) promettent la construction d’un pont à Trois-Rivières[6]. Enfin, en 1964 les travaux du pont débutent.

La construction d’un pont est le témoignage de l’évolution du génie humain. Dans ce sens, le 20 décembre prochain (2017), le pont Laviolette fêtera les 50 ans de son inauguration. Depuis plus de 50 ans, la région de la Mauricie est un symbole de progrès, de prospérité, d’échange économique et de développement régional.

Notes

[1] Rosaire Tremblay, Thérèse Dallaire, Pont du Québec, Ministère des Transports, Québec, 1976, p.75-80.

[2] Sanctuaire Notre-Dame-du-Cap, Le pont de glace, [En ligne], https://www.sanctuaire-ndc.ca/fr/a-la-decouverte-des-lieux/historique/le-pont-de-glace.html (page consultée le 1 juin 2017).

[3] Encyclopédie du patrimoine culturel de l’Amérique française, Les ponts de glace sur le fleuve Saint-Laurent, [En ligne], http://www.ameriquefrancaise.org/fr/article-735/Ponts_de_glace_sur_le_fleuve_Saint-Laurent.html (page consultée le 1 juin 2017).

[4] Paul-André Linteau, René Durocher, Jean-Claude Robert et François Ricard, Histoire du Québec contemporain : Le Québec depuis 1930, Tome II, Montréal, Boréal, 1989, p. 253-254.

[5] Ministère des transports, Le pont Laviolette, https://www.transports.gouv.qc.ca/fr/ministere/organisation/organisation-territoriale/mauricie-centre-quebec/Documents/PontLaviolette.pdf, (consulter le 28 mai 2017).

[6] Antonio Barrette nommé premier ministre du Québec à la suite de la mort de Maurice Duplessis, mort en 1959.

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