Les origines de l’Université du Québec à Trois-Rivières

 In 40e_anniversaire

Par Francis Bergeron, étudiant à la maîtrise en Études québécoises à l’UQTR

 

Avant les années 1960, la province du Québec compte alors deux universités francophones et deux universités anglophones, sans compter les établissements et les centres régionaux affiliés ou fusionnés à ces différentes institutions d’enseignement supérieur[1]. Ces universités sont avant tout des institutions confessionnelles et privées qui, « hormis par quelques octroies discrétionnaires » provenant des revenus de leurs fondations, ne sont pas financées par le gouvernement provincial[2]. De son côté, l’Université du Québec (UQ) sera un réseau laïque et public, dont le financement sera essentiellement public (gouvernements, étudiants et autres).

Le 14 décembre 1968, l’Assemblée nationale du Québec adopte le projet de loi 88 qui crée l’UQ[3]. Le projet de loi 88 est issu des recommandations du rapport Parent qui s’inscrit dans le contexte de changement sociétal qu’est la Révolution tranquille[4]. Le réseau a comme objectif de favoriser l’accès aux études universitaires aux étudiants francophones, de développer le milieu scientifique au Québec et de rendre accessible l’enseignement universitaire dans les villes et régions qui étaient jusque-là mal desservies, tel que Trois-Rivières[5]. C’est le 19 mars 1969 que l’Université du Québec à Trois-Rivières (UQTR) est créée et devient ainsi, avec l’Université du Québec à Montréal et l’Université du Québec à Chicoutimi, les premières constituantes du réseau de l’UQ[6]. Au même moment, le Centre d’étude universitaire de Trois-Rivières et l’École normale d’état Maurice-L. Duplessis seront fusionnés à l’UQTR.

            Trois-Rivières : nouveau lieu d’enseignement supérieur

Le projet de création d’une université dans la région de Trois-Rivières est déjà présent durant la première moitié du XXe siècle. Il y a en effet, dès 1930, quelques établissements d’enseignement de la région de la Mauricie qui offrent des cours préuniversitaires afin de faciliter l’accès aux études supérieures, telles que l’Institut de Technologie de Shawinigan (Technical Insitute).

Après la Seconde Guerre mondiale, les cours universitaires s’organisent à Trois-Rivières. En 1956, la Faculté des sciences de l’Université Laval octroie au Séminaire Saint-Joseph la permission d’offrir des cours de première année. D’autres facultés suivront l’exemple de l’Université Laval en offrant des cours de première et de deuxième année au niveau universitaire.

Par ailleurs, il faut mentionner que le 26 mai 1943 le gouvernement libéral du Québec d’Adélard Godbout adopte la Loi sur la fréquentation scolaire obligatoire des enfants de six à quatorze ans[7]. L’adoption de cette loi montre que le Québec met en priorité la nécessité d’instruire sa population. Ce faisant, la loi de 1943 va dicter la base de la gratuité scolaire qui s’inscrit dans le contexte des lois scolaires entamées par le Québec dès la première moitié du XXe siècle et qui aboutiront aux réformes scolaires de la Révolution tranquille. Parallèlement, en 1946, le premier ministre du Québec Maurice Duplessis restructure le ministère du Bien-être Social qui sera renommé le ministère du Bien-être Social et de la Jeunesse. Le ministère a pour mandat de veiller au bien-être social de la population et « d’aider la jeunesse dans la préparation et l’orientation de son avenir »[8]. En ce sens, la décennie qui suivra la Seconde Guerre mondiale sera caractérisée par un grand rattrapage éducatif dans le Québec francophone. Ainsi, avant même les années 1960, on assiste à une réelle volonté de démocratisation de l’éducation au Québec.

L’UQTR : plus qu’une université!

Le collège des franciscains, boulevard des Forges. 1965. C’est sur ce terrain que s’implantera l’UQTR en 1969. Base de données en histoire de la Mauricie, CIEQ

L’UQTR ouvre officiellement ses portes le 2 septembre 1969. Dès l’ouverture, l’université accueille environ 4 000 étudiants, dont près de la moitié sont à temps plein. L’université offre d’emblée 50 programmes d’études, dont quatre de deuxième et de troisième cycle. L’UQTR répond donc à l’effectif et ses rangs ne cesseront de grossir au fil des années. Son Conseil d’administration compte quatre membres lors de sa création : Gilles Boulet, Henri Audet, Jérome Loranger et André Piché. Gilles Boulet (1926-1997), personnalité marquante du développement régional, est un professeur et ancien prêtre catholique qui quitte les ordres après 1965. Il sera à la tête du Centre universitaire de Trois-Rivières entre 1960 et 1969 et sera le « recteur-fondateur » de l’UQTR[9].

Désormais, l’UQTR compte 1 779 employés, ce qui en fait l’un des plus gros employeurs de la région de la Mauricie. Elle est fréquentée actuellement par plus de 14 500 étudiants, dont 83% au premier cycle. Depuis 1969, plus de 91 000 diplômes ont été décernés. Ouverte sur le monde, elle accueille près de 920 étudiants étrangers provenant de 50 pays différents[10]. La présence de l’université apporte son lot de diversité dans la région de la Mauricie. En effet, les étudiants étrangers et les nouveaux arrivants permettent d’enrichir la vie collective en plus de participer au développement économique, social et culturel de la région mauricienne, dans les domaines tels que le génie, l’éducation, les sciences (sociales et humaines), les arts, la santé et l’administration.

L’université donne également la possibilité aux futurs étudiants d’accéder aux programmes universitaires à l’extérieur de son campus principal. En effet, certains programmes offerts par l’UQTR peuvent se donner au campus de Drummondville qui offre seize programmes de premier cycle et cinq programmes de deuxième cycle. Elle offre aussi huit Centres universitaires dispersés dans les différentes villes du Québec[11].

Aujourd’hui, l’Université du Québec à Trois-Rivières offre plus de 280 programmes d’études dont plusieurs cliniques médicales, devenant ainsi une institution régionale d’envergure. Ainsi, l’UQTR est active et participe à plusieurs domaines d’expertises et forme avec professionnalisme la relève de demain.

Sources:

[1] Universités francophones : Université Laval en 1852 et l’Université de Montréal en 1878 ; Universités anglophones : Université McGill en 1829 et l’Université Bishop’s en 1843.

[2] Lucia Ferretti, L’Université en réseau : les 25 ans de l’Université du Québec, Sainte-Foy, Presses de l’Université du Québec, 1994, p.3.

[3] Lucia Ferretti, Op.cit., p.1.

[4] Le rapport Parent porte le nom de famille du président de la commission d’enquête (1961-1964), Mgr Alphonse-Marie Parent.

[5] Paul-André Linteau, René Durocher, Jean-Claude Robert et François Ricard, Histoire du Québec contemporain : Le Québec depuis 1930, tome II, Montréal, Boréal, 1989, p.666; voir aussi Lucia Ferretti, Op.cit., p.7-8.

[6] De nos jours, pès de 100 000 étudiants fréquentent plus de 1 000 programmes d’études de 1er, 2e et 3e cycles offerts par les dix établissements du réseau de l’Université du Québec. http://www.uquebec.ca/reseau/fr/contenu/reseau-de-luq

[7] Bilan du siècle, Adoption de la Loi sur la fréquentation scolaire obligatoire, http://bilan.usherbrooke.ca/bilan/pages/evenements/717.html, [page consultée le 7 avril 2017].

[8] Bilan du Siècle, Restructuration du ministère provincial du Bien-être Social, http://bilan.usherbrooke.ca/bilan/pages/evenements/832.html, [page consultée le 4 mai 2017].

[9] Louis-Edmond Hamelin, Les chemins de l’Université, Trois-Rivières, UQTR, 1985, p.77; Gilles Boulet a été recteur de l’UQTR de 1969 à 1978. Il fut ensuite président du réseau de l’Université du Québec de 1978 à 1988. Il est décédé à l’âge de 71 ans; voir aussi : https://www.ordre-national.gouv.qc.ca/membres/membre.asp?id=69 [page consulté le 4 mai 2017].

[10] Université du Québec à Trois-Rivières, Informations générales: Faits et chiffres, http://www.uqtr.ca/informationgenerale/faitsetchiffres.shtml [page consultée le 4 mai 2017].

[11] Villes où se trouvent les Centres universitaires : Joliette, Longueuil, Québec, Saint-Hyacinthe, Sorel-Tracy, Vallée-du-Haut-St-Laurent, Victoriaville et La Tuque.

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