La vie à l’ombre des cheminées

 In 40e_anniversaire

Par Thimothée Martel et Yoann St-Yves-Brisson, étudiants au Cégep de Trois-Rivières en technologie de l’architecture

Au début du XXe siècle, le centre-ville du vieux Trois-Rivières connaît une grande croissance démographique qui coïncide avec la venue de nombreuses usines de pâtes et papiers. Les ouvriers avaient besoin d’habitations abordables à proximité des papeteries. Les propriétaires des manufactures construisaient ces appartements pour répondre à la demande pressante de logis. Ils ont choisi cette méthode de construction, car elle est à la fois rapide et économique. Ainsi seront créées de multiples unités d’habitations en rangées, entrecoupées d’étroites ruelles. La convivialité se faisait ressentir en raison des nombreux jeunes ménages qui y habitaient. Ces habitations, qui, à première vue, nous semblent sans caractère architectural particulier s’adonnent à être plus que ce qu’elles en laissent paraître. Par exemple, certains des propriétaires bricoleurs se sont donné à cœur joie dans le design de terrasses et d’escaliers de tous genres. De plus, les murs extérieurs étant tous construits de la même manière, soit trois rangs de briques rouges, cela donna la possibilité aux maçons de laisser aller leur créativité lorsque vint le temps de poser les ultimes briques. Comme mentionné précédemment, l’œil distrait d’un passant pressé ne remarquera pas ces détails furtifs, bien que très présents et toujours actuels.

Ces maisons font partie du courant Boomtown : des blocs multilogements à 3 étages en briques rouges. Ils sont caractérisés par leur toit à faible pente ou plat et par leur volume cubique. Ces habitations font partie des premières à profiter des technologies modernes de la construction telle que la charpente de bois en 2″x4″. Ces bâtiments ont peu d’ornementation flamboyante ; ils sont plutôt discrets : des jeux de briques dans les parapets (au sommet) et dans les coins des murs extérieurs, de simples ornementations de bois nommées corbeaux. L’homogénéité et l’authenticité de ces habitations sont encore surprenantes ; quelques-unes de celles-ci portent des fenêtres à guillotine d’origine.  Leurs caractéristiques sont remarquables malgré qu’elles soient ignorées. D’abord, chacun des appartements a le privilège d’avoir sa propre entrée personnelle. En effet, par un amalgame disparate d’escaliers entrecroisés et de passerelles, ces appartements superposés et populaires gardent tout de même leur part d’intimité. Chacun des logements semble plus individuel qu’un grand condo où tout le monde entre par la même porte et partage le même vestibule ainsi que le même corridor. Aussi, chacun des blocs s’est vu attribuer une galerie couverte et une petite parcelle de terrain à l’arrière, dans les ruelles. Ces ruelles sont tranquilles et la circulation y est plutôt rare, car seuls les gens qui y habitent y circulent.

Ces quartiers demeurent un héritage architectural de type Boomtown particulier à Trois-Rivières. En raison de la proximité des usines, le développement de ces quartiers a structuré de façon importante l’urbanisme de la ville. Ayant évolué lentement depuis leur construction, ces quartiers gardent la convivialité qui caractérise bien ce type d’habitation. Il serait donc dommage de détruire ces bâtiments sans prendre le temps d’analyser ce qu’ils sont vraiment. Plusieurs solutions plus écologiques et économiques sont à envisager avant de mettre la clef sous la porte et de démolir ce patrimoine.

Plusieurs grandes villes nord-américaines et européennes ont misé sur le redéveloppement de ces quartiers historiques afin de favoriser l’émergence de centres-villes habités. Aussi, il serait possible d’imaginer une revitalisation de ces premiers quartiers, témoins authentiques de l’histoire de Trois-Rivières, notamment en mettant en valeur l’architecture distinctive de ces logements ouvriers du début du XXe siècle et en rafraichissant l’allure générale des ruelles en y plantant des arbres et d’autres types de végétation afin de rendre le quartier plus vert et plus vivant.

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