Que faire de la maison oubliée ?

 In Lettre d'opinion

Entrez sur le terrain de l’Exposition de Trois- Rivières par la porte Duplessis et dirigez-vous vers le Salon de jeux. Soyez attentifs: au 1650, rue de l’Hippodrome, vous verrez, coincée entre des estrades métalliques et le bâtiment moderne, une maison décrépite, oubliée, aux abords envahis par la végétation et des blocs de béton.

Pourtant, son histoire et son style méritent qu’on s’y arrête et qu’on réfléchisse à l’avenir qu’on devrait lui offrir. Trois aspects méritent d’être relevés quant à sa valeur patrimoniale. Le premier concerne son intérêt historique. D’abord, la maison est érigée sur le grand terrain que Moses Hart a cédé en 1850 pour qu’y soient présentées des courses de chevaux, ce qui se fait sans interruption depuis cette date. Construit en 1920, le bâtiment est aussi le plus ancien édifice du parc de l’Exposition encore en place aujourd’hui. De 1920 à 1971, il a abrité les bureaux de la Commission de l’Exposition, créée en 1915 après que la municipalité lui ait transféré la gestion de l’événement annuel organisé depuis 1896. Par la suite, il a été cédé au Club Autosport mauricien, puis à l’organisation du Grand Prix, qu’on présentait sur les lieux depuis 1967. L’actuel propriétaire est le Club Jockey du Québec, qui gère le seul hippodrome encore actif au Québec. Le deuxième point d’intérêt de l’édifice est son architecture. Il reflète les tendances stylistiques du début du 20e siècle, notamment le courant anglais Arts and Crafts. Il fait penser, en particulier par son toit et son avant- toit, aux maisons américaines de style prairie popularisé par le célèbre architecte Wright. Enfin, ce bâtiment est intéressant par son association avec l’architecte Jules Caron ( 1885- 1942), issu d’une famille d’architectes bien connue dans la région. On lui doit la plupart des bâtiments actuels du site, dont la vacherie, la Bâtisse industrielle et la porte Duplessis, constructions qui répondaient en 1938 au besoin de contrer la crise économique.

Le terrain de l’Exposition offre donc une concentration rare et appréciable de son oeuvre qui, il faut le préciser, ne se limite pas à ce site. Pour le plus grand bonheur de ceux et celles qui le fréquentent, on a déjà rafraîchi ou restauré les bâtiments situés dans le parc de l’Exposition. L’Exposition annuelle, le Grand Prix, les courses de chevaux, le baseball, le Salon de jeux, la piscine, etc., attirent chaque année de nombreux visiteurs d’ici ou d’ailleurs. Le parc de l’Exposition est à deux pas du centre-ville et de la fresque de la côte Plouffe, il peut donc s’inscrire facilement dans un circuit touristique. Les courses de chevaux à Trois- Rivières, c’est 165 ans d’activités cette année. En 2016, l’Exposition agricole aura 120 ans; en 2017, le Grand Prix soulignera ses 50 ans.

Le site mérite qu’on rappelle son histoire riche et variée et qu’on mette en valeur tout un pan de la vie récréative de Trois- Rivières par son plus vieux témoin. Restaurer la maison oubliée et en faire un centre d’interprétation, en plus de participer à l’embellissement de la rue de l’Hippodrome, enrichirait la mémoire collective et concrétiserait le choix de Trois- Rivières comme ville d’histoire et de culture. Il y a urgence, les vieux témoins, si on ne les visite pas, peuvent s’éteindre tout doucement, en toute discrétion. Et il sera trop tard!

Pierre Joncas
Au nom de l’équipe Patrimoine Trois- Rivières

Comments
  • Mireille Pilotto
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    je suis tout à fait d’accord avec l’opinion de monsieur Joncas. Cette magnifique maison pourrait être restaurée afin d’abriter un musée sur l’histoire de Trois-Rivières, car il n’y a aucun établissement trifluvien qui se consacre à ce volet. Un Centre d’histoire de Trois-Rivières, en quelque sorte, sur le modèle du Centre d’histoire de Montréal, situé dans la plus ancienne caserne de pompiers de la métropole.

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